- et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule -
A. Rimbaud [1] Nous, les non-philosophes, ne serions que de fidèles groupies ? Nous offrant, philosophes, au Logos qui donne le Monde. Toujours en quête d’une nouvelle aventure en coulisse avec un Réel forclos, à jamais inaccessible. [2] L’expérience en devient toxicomaniaque et la foi en ce Monde garantie de nos illusions. La ruse se tient dans le rituel où la communion des Sujets est célébrée à chaque recommencement. [3] L’adoration sans bornes du Monde, c’est-à-dire la Philosophie, n’étouffe pas le cri (de) Solitude qui s’élève, qui sous-vient. Les spectres hantent le Désert ou Dédale comme autant de témoins fascinés sinon ensorcelés par l’effondrement cyclique de la pensée. [4] L’Homme, pris d’effroi, habite à la limite du Monde. Ses hallucinations se renouvellent éternellement, oscillant entre le besoin de toucher son désir et le désir d’émouvoir l’univers, au gré de sa consommation. [5] Le désir fantasmatique de remplir la substance des objets du Monde, l’a-diction toujours différente, n’a ni début ni fin. À chaque (à) propos, chaque pulsion, chaque occasion de jouir, émerge le cri de surprise du Clandestin : « et ça recommence ! ». [6] Ce sempiternel flirt qui ne cherche qu’à émouvoir son néant n’aura de cure, fût-ce dans la parole. Impossible de rompre l’a-diction jouissive, sauf à (se) savoir – dict (du) Joui – séparé. Ni inter-dit ni semblant : on se réjouira de ne pas seulement faire parler le symptôme. [7] Notre eschatologie ne pourra qu’avoir la forme de la fiction, de la dérivation (du) Réel. La mise-en-je(u) radicale des perdus qui errent dans ce Monde sans être de ce Monde. Par Etienne Brouzes, lundi 16 avril 2007.